• Bien qu’ils soient des entités insulaires autonomes politiquement associées à des pays européens, les Pays et Territoires d’Outre-Mer (PTOM) restent exposés aux mêmes vulnérabilités que les petits États insulaires en développement (PEID). Si la reconnaissance internationale et le soutien extérieur sont essentiels, leur résilience climatique dépend surtout de la construction d’écosystèmes financiers durables et ancrés localement.

  • La session virtuelle Island Voices @ COP30, intitulée « Building Island Resilience: Creating a Sustainable Finance Sector in Sub-National Island Jurisdictions », s'est penchée sur cette problématique. Adam Ó Ceallaigh, Coordinateur du Secrétariat de la Coalition des SNIJ, a animé un panel d’experts en finance, gouvernance et développement durable, qui ont partagé des solutions concrètes pour rendre la finance climat plus accessible, inclusive et adaptée aux réalités des petites juridictions.

  • Soutenir les Pays et Territoires d’Outre-Mer

    Ahab Downer, Directeur du Programme Green Overseas (GO), a présenté cette initiative financée par l’UE qui aide 25 PTOM européens et britanniques à renforcer leur développement durable et résilient. Mis en œuvre par Expertise France, le programme contribue à combler le déficit de financement climatique en améliorant l’environnement propice à l’investissement dans la transition énergétique et les projets de résilience.

    De nombreux PTOM font face à des obstacles structurels dans l’accès aux fonds multilatéraux, car ils sont rattachés à des « pays mères » à revenu élevé tout en n’ayant pas de réelle autonomie fiscale.
    « Ces territoires sont en première ligne face au changement climatique, mais passent souvent entre les mailles du système financier international », a expliqué Downer.

    Le Programme GO vise ainsi à réduire cet écart grâce à l’assistance technique, au renforcement des capacités et à la préparation de projets, afin d’aider les îles à concevoir des projets « bancables » capables d’attirer des capitaux à long terme. Cela passe aussi par leur mise en lumière dans des événements internationaux majeurs, organisés à la fois par GO (comme le GO Climate Finance Forum) et par des acteurs mondiaux (COP, Conférences des Nations Unies sur l’Océan, etc.).

  • Innovation financière et cadres réglementaires

    Tanya August-Phillips, membre du Legislative Council de l’Île de Man, a expliqué comment l’île transforme l’ambition politique en opportunités financières. Première Réserve de Biosphère UNESCO à l’échelle d’une nation entière, l’île développe un modèle liant protection de la biodiversité et innovation financière. Elle a notamment évoqué :

    • le Climate Change Act, qui engage légalement l’île vers la neutralité carbone en 2050 ;

    • la Sustainable Finance Roadmap, qui oriente les flux de capitaux vers les investissements verts.

    Benjamin Bartle, Directeur de la Finance Catalytique au RMI, a quant à lui insisté sur la nécessité de financer la phase de préparation des projets, afin de transformer des idées en projets attractifs pour les investisseurs. Il a identifié trois priorités essentielles à suivre à la COP30 :

    1. Architecture financière – garantir des financements concessionnels et désensibilisés pour les petites économies.

    2. Nouveaux mécanismes – comme les modèles de fonds de dotation pour les services écosystémiques.

    3. Agrégation de projets – mutualiser plusieurs petits projets insulaires pour attirer les investisseurs institutionnels.

    David Postlethwaite, Directeur ESG chez KPMG dans les Dépendances de la Couronne, a apporté une perspective réglementaire. Ayant travaillé avec 11 juridictions insulaires, KPMG observe une diversité d’approches mais aussi des défis communs, notamment face aux chocs globaux — d’où l’intérêt de standards harmonisés.


    Principaux défis et solutions

    1. Le déficit de financement

    Le financement de la résilience climatique et de la transition énergétique demeure largement insuffisant pour les PTOM. Leur statut particulier les exclut souvent des mécanismes financiers destinés aux PEID, alors que les pays mères ne disposent pas toujours de dispositifs adaptés.

    Le Programme GO soutient des solutions telles que :

    • l’aide à la révision du code du bâtiment aux Bermudes pour renforcer la résilience face aux ouragans ;

    • la réforme du cadre énergétique à Sainte-Hélène pour atteindre 80 % d’électricité renouvelable d’ici 2027/28 ;

    • l’évaluation du potentiel de finance bleue/verte aux îles Falkland, notamment via les crédits carbone issus de la restauration des tourbières.

    2. Des cadres politiques et juridiques cohérents

    L’exemple de l’Île de Man a montré comment une législation claire renforce la confiance des investisseurs et favorise l’émission d’obligations vertes ou de crédits de conservation.

    3. La finance catalytique et les pipelines de projets

    Le problème n’est pas le manque de fonds, mais l’insuffisance de projets bancables. Les projets d’adaptation ou d’énergie renouvelable, souvent de petite taille, manquent de financements pour leur phase préliminaire.

    Des pipelines régionaux standardisés pourraient améliorer le passage du concept au financement.

    4. Coopération et partage de connaissances

    Des réseaux comme GO ou FC4S facilitent les échanges d’expérience entre îles. Le Programme GO :

    • aide Anguilla à développer une gestion durable des eaux souterraines ;

    • soutient Saint-Pierre-et-Miquelon dans sa stratégie d’adaptation à l’érosion côtière ;

    • accompagne les îles Caïmans dans la création d’un tableau de bord national de résilience climatique.

    L’Île de Man explore quant à elle un rôle d’hub mondial pour les marchés de la nature et la finance liée aux biosphères.

  • De la dépendance à l’aide à l’autonomie financière

    Les îles ne sont plus uniquement bénéficiaires des financements climat : elles conçoivent désormais de nouveaux modèles financiers. Qu’il s’agisse de fonds d’adaptation renouvelables ou de plateformes de financement mixte, les PTOM expérimentent des solutions qui mobilisent des capitaux durables tout en gardant la valeur économique sur leur territoire.

    Le Groupe d’Experts GO sur la Finance Durable développe actuellement de nouveaux outils pour faciliter encore davantage l’accès des PTOM aux financements internationaux.

    « Partout dans les territoires partenaires, le Programme GO voit les jeunes porter des idées nouvelles : agriculture durable et hydroponie à Saint-Martin, projets de résilience communautaire aux Îles Vierges britanniques, campagnes de sensibilisation à Curaçao. »
    — Jérémie Pellet, Directeur général d’Expertise France

    « La vraie résilience », a conclu Downer, « apparaît lorsque les îles contrôlent leur propre destin financier. »

    En combinant innovation institutionnelle et outils financiers créatifs, les PTOM peuvent évoluer d’une dépendance à l’aide extérieure vers des économies capables de financer elles-mêmes leur adaptation et leurs objectifs de résilience.

    À l’heure où la COP30 appelle à une finance climat plus accessible et transparente, les expériences partagées dans cette session montrent que, lorsque les îles conçoivent et gèrent leurs propres écosystèmes financiers, elles deviennent des leaders mondiaux de l’innovation en matière de résilience.